HomeIsraelIsaac Hammouch: De Kinshasa à Jérusalem, une alliance de solutions

Isaac Hammouch: De Kinshasa à Jérusalem, une alliance de solutions

La République démocratique du Congo et Israël ont l’occasion de transformer leur rapprochement diplomatique en un partenariat stratégique fondé sur l’agriculture, l’eau, la santé, la sécurité et l’innovation.

Un rapprochement dicté par l’histoire et par la nécessité

Il est des rapprochements diplomatiques qui relèvent essentiellement du symbole, et d’autres qui répondent à une véritable nécessité. Celui qui se dessine aujourd’hui entre la République démocratique du Congo et Israël appartient aux deux catégories. La visite de travail effectuée à Jérusalem par le président Félix-Antoine Tshisekedi, le 1er septembre 2026, n’a pas seulement confirmé l’existence d’une amitié politique entre les deux pays : elle a donné une direction claire à une relation qui pourrait devenir l’un des partenariats les plus prometteurs entre Israël et le continent africain. À Jérusalem, le chef de l’État congolais s’est entretenu avec le Premier ministre Benjamin Netanyahou, puis avec le président Isaac Herzog. Les discussions ont porté sur un ensemble particulièrement vaste de domaines stratégiques : la sécurité et la défense, l’agriculture, les infrastructures, l’énergie, les hautes technologies, la gestion de l’eau, la santé, la formation et les investissements. Cette feuille de route est ambitieuse, mais elle correspond précisément aux besoins de la RDC et aux domaines dans lesquels Israël a développé une expérience internationalement reconnue. Le message porté par Kinshasa mérite donc d’être retenu : la valeur de cette relation ne devra pas se mesurer uniquement au nombre d’accords signés ou de visites officielles, mais surtout à leur mise en œuvre et aux résultats qu’ils produiront pour les populations.

Cette volonté de passer des déclarations aux réalisations peut précisément distinguer le partenariat israélo-congolais. La RDC ne cherche pas un modèle importé clé en main, encore moins une relation fondée sur la dépendance. Elle a besoin de compétences transmises, de professionnels formés, de technologies adaptées aux réalités locales et d’investissements capables de créer de l’activité, de la valeur et des emplois. Israël, de son côté, dispose d’un savoir-faire largement forgé par la contrainte : produire davantage avec des ressources hydriques limitées, perfectionner l’irrigation, recycler l’eau, relier la recherche scientifique à l’entreprise, sécuriser les infrastructures essentielles et faire émerger rapidement des solutions innovantes. Cette complémentarité explique pourquoi le rapprochement entre Kinshasa et Jérusalem ne doit pas être considéré comme un simple geste diplomatique. Il peut devenir une alliance de solutions, à condition que les ambitions exprimées au plus haut niveau soient désormais transformées en programmes concrets, visibles et mesurables.

Une relation ancienne qui retrouve son élan

Le rapprochement actuel ne vient pas de nulle part. Les relations diplomatiques entre Israël et le Congo, établies au début des années 1960, furent interrompues par le Zaïre en 1973, dans le contexte de la guerre du Kippour et de la rupture générale entre Israël et de nombreux États africains. Elles furent cependant rétablies dès 1982, faisant du Zaïre l’un des premiers pays du continent à renouer officiellement avec l’État hébreu. Ce retour précoce disait déjà quelque chose de la singularité de la relation entre les deux pays. Malgré les interruptions, les changements de régime et les évolutions géopolitiques, le lien ne fut jamais totalement effacé. Sous la présidence de Félix Tshisekedi, cette relation a retrouvé une dynamique nouvelle. En 2020, le chef de l’État congolais annonçait le renforcement de la représentation diplomatique de son pays en Israël ainsi que la création d’une section économique à Jérusalem. Cette annonce fut suivie par sa visite en Israël en 2021, au cours de laquelle il rencontra les principaux responsables du pays et manifesta sa volonté de replacer la RDC parmi les partenaires africains importants d’Israël.

En septembre 2023, les deux gouvernements annoncèrent leur intention d’ouvrir une ambassade israélienne à Kinshasa et de transférer l’ambassade congolaise à Jérusalem. La visite du président Isaac Herzog à Kinshasa, le 11 novembre 2025, donna ensuite une nouvelle impulsion politique à ce processus. Le 27 juillet 2026, deux mémorandums d’entente furent signés, portant notamment sur la formation diplomatique et l’organisation de consultations politiques régulières entre les ministères des Affaires étrangères des deux pays. La visite de Félix Tshisekedi à Jérusalem, en septembre 2026, s’inscrit donc dans une séquence cohérente. Elle montre que les rencontres successives ne sont plus des événements isolés, mais les étapes d’un véritable rapprochement stratégique. En quelques années, Kinshasa et Jérusalem ont progressivement reconstruit le dialogue politique, défini des secteurs prioritaires et exprimé leur volonté de créer un partenariat plus structuré. Il leur reste maintenant à donner à cette architecture diplomatique une dimension économique et humaine suffisamment forte pour résister aux changements politiques et aux crises régionales.

Le savoir-faire israélien au service du potentiel congolais

La République démocratique du Congo possède des terres arables considérables, une population jeune, d’immenses réserves d’eau douce et un rôle central dans les chaînes de valeur mondiales des minerais critiques. Pourtant, le pays importe encore une partie importante de son alimentation et reste confronté à des déficits majeurs dans les infrastructures, les services de santé, l’accès à l’électricité et la sécurité. Ce contraste entre l’immensité du potentiel congolais et les difficultés quotidiennes de la population ne constitue pas une fatalité. Il représente un chantier de transformation auquel l’expérience israélienne peut apporter une contribution décisive. Dans l’agriculture, l’enjeu ne consiste pas simplement à vendre des équipements d’irrigation ou à exporter des technologies. Il s’agit de former des agronomes congolais, de créer des fermes pilotes, d’améliorer la qualité des semences, de renforcer la conservation des produits après les récoltes et de mieux relier les producteurs aux marchés. La RDC possède toutes les conditions naturelles nécessaires pour renforcer sa sécurité alimentaire et devenir une grande puissance agricole régionale. Les technologies israéliennes d’irrigation de précision, de gestion des cultures, de suivi des sols et de conservation des aliments pourraient contribuer à transformer ce potentiel en résultats durables.

Dans le domaine de l’eau, l’expérience israélienne pourrait également répondre à des besoins congolais très concrets. Les technologies de détection des fuites, de traitement, de purification et de gestion intelligente des réseaux peuvent améliorer l’accès à l’eau potable dans des villes soumises à une croissance démographique rapide. Dans la santé, la télémédecine, les outils de diagnostic, la formation du personnel médical et l’organisation des soins offrent des perspectives immédiatement utiles, notamment dans un pays immense où les distances rendent parfois difficile l’accès aux services spécialisés. Dans l’énergie et le numérique, les solutions de production décentralisée, la cybersécurité et la protection des infrastructures essentielles peuvent contribuer à renforcer la souveraineté de la RDC. La coopération entre les deux pays pourrait enfin s’étendre à la recherche, à l’enseignement supérieur et à l’entrepreneuriat, avec des échanges entre universités, centres d’innovation, entreprises et jeunes professionnels. Le véritable apport d’Israël ne réside pas seulement dans une technologie particulière : il réside dans une culture de l’innovation qui transforme les contraintes en solutions et rapproche la recherche des besoins de la société.

Israël et l’Afrique, un partenariat de compétences

Cette logique dépasse largement la seule République démocratique du Congo. Une grande partie de l’Afrique ne recherche plus simplement une aide ponctuelle. Elle cherche un accès durable aux connaissances, aux investissements, aux technologies et à la formation. Le continent africain connaît une croissance démographique rapide, une urbanisation sans précédent et une pression croissante sur les ressources, les services publics et les systèmes alimentaires. Dans ce contexte, les pays africains ont besoin de partenaires capables de proposer des solutions adaptables, de former des compétences locales et d’investir dans la durée. Depuis des décennies, la coopération israélienne, notamment à travers l’agence MASHAV, accorde une place importante à la transmission des connaissances et au renforcement des capacités dans l’agriculture, la gestion de l’eau, la santé publique, l’éducation, l’innovation et l’entrepreneuriat. Cette approche demeure particulièrement pertinente, car elle ne consiste pas uniquement à fournir une technologie, mais à permettre à des professionnels locaux de se l’approprier et de la faire évoluer.

Israël approfondira durablement sa présence en Afrique s’il se présente non seulement comme un fournisseur de technologies, mais comme un partenaire de développement capable de former, d’investir et de construire localement. De leur côté, les pays africains ne doivent pas être perçus comme de simples marchés ou comme les bénéficiaires passifs d’une expertise extérieure. Ils possèdent leurs propres talents, leurs propres capacités d’innovation et une connaissance irremplaçable de leurs réalités. Le partenariat le plus efficace sera donc celui qui associera la technologie israélienne à l’expérience africaine, qui favorisera la création de coentreprises et qui permettra aux solutions d’être conçues avec les acteurs locaux. La RDC peut devenir l’un des principaux laboratoires de cette nouvelle relation entre Israël et l’Afrique : une relation plus équilibrée, plus pragmatique et davantage tournée vers la production de résultats.

Une alliance nécessairement réciproque

Pour être exemplaire, le partenariat entre Israël et la RDC doit être profondément réciproque. Israël ne vient pas seulement apporter son expertise : il vient aussi apprendre, investir et découvrir de nouvelles possibilités. La RDC offre une échelle exceptionnelle, des talents, une position géographique centrale et un accès stratégique aux grands corridors commerciaux du continent. L’intérêt évoqué pour le Corridor de Lobito, qui relie l’intérieur minier de l’Afrique centrale à l’océan Atlantique, confère à cette relation une dimension régionale supplémentaire. Des entreprises israéliennes qui s’implantent localement, recrutent et forment des équipes congolaises, collaborent avec les universités et créent des coentreprises avec des partenaires nationaux peuvent trouver en RDC un marché majeur et une porte d’entrée vers l’Afrique centrale et australe. La coopération peut également offrir à Israël de nouvelles possibilités dans les secteurs des matières premières stratégiques, de l’énergie, de l’agro-industrie, des infrastructures et du commerce régional.

L’enjeu consiste donc à dépasser la relation diplomatique traditionnelle pour construire un véritable écosystème économique, technologique et humain. Cet écosystème ne pourra fonctionner que s’il repose sur la confiance, la transparence et le respect des intérêts des deux parties. Les investissements doivent produire de la valeur localement, favoriser la transformation des ressources congolaises et contribuer à l’émergence d’une main-d’œuvre qualifiée. Le transfert de connaissances doit être placé au cœur de chaque projet. Les entreprises israéliennes ont tout intérêt à former des ingénieurs, des techniciens, des agronomes, des médecins et des entrepreneurs congolais, car la réussite de leurs projets dépendra de leur enracinement dans le pays. La RDC, de son côté, doit offrir un cadre suffisamment stable, lisible et transparent pour attirer des investissements durables. Le partenariat deviendra véritablement stratégique lorsqu’il ne dépendra plus seulement des relations entre les dirigeants, mais qu’il reposera sur un réseau dense d’entreprises, d’universités, de professionnels et d’institutions.

Passer maintenant des annonces aux réalisations

La réussite de ce rapprochement exigera une discipline claire : des projets identifiés, des calendriers précis, des financements transparents et des indicateurs permettant de mesurer les résultats. Les communiqués diffusés après les rencontres du 1er septembre 2026 ne faisaient pas encore état de nouveaux contrats chiffrés. Cette absence ne doit pas nécessairement être interprétée comme une faiblesse. Elle peut devenir une invitation à construire sérieusement, en sélectionnant quelques projets emblématiques, en les exécutant rapidement et en démontrant leurs effets dans la vie quotidienne. Trois priorités offriraient un excellent point de départ : la création d’un programme de fermes-écoles et d’irrigation destiné aux petits producteurs congolais ; un partenariat consacré à l’accès à l’eau potable et à la réduction des pertes dans les réseaux de plusieurs grandes villes ; et un programme de formation croisée destiné aux ingénieurs, médecins, agronomes, entrepreneurs et spécialistes de la cybersécurité.

À ces initiatives pourrait s’ajouter un forum économique annuel RDC–Israël, organisé alternativement à Kinshasa et à Jérusalem. Ce rendez-vous permettrait de suivre les engagements pris, d’identifier les obstacles, de rapprocher les investisseurs israéliens des entrepreneurs congolais et d’évaluer les résultats obtenus. Des mécanismes de suivi communs donneraient de la crédibilité à la relation et éviteraient que les accords ne restent lettre morte. L’objectif ne devrait pas être de multiplier les annonces, mais de créer quelques réussites suffisamment fortes pour inspirer d’autres projets. Une exploitation agricole devenue plus productive, un réseau d’eau mieux géré, un hôpital relié à des spécialistes à distance ou une promotion d’ingénieurs formés aux nouvelles technologies peuvent avoir davantage de valeur politique et humaine que de longues déclarations diplomatiques. Le rapprochement sera jugé sur sa capacité à améliorer concrètement la vie des populations.

Une relation fondée sur la mémoire et tournée vers l’avenir

La dimension mémorielle de la visite présidentielle mérite enfin une attention particulière. À Yad Vashem, Félix Tshisekedi a honoré la mémoire des six millions de Juifs assassinés pendant la Shoah et réaffirmé l’engagement de la RDC contre l’antisémitisme, le génocide et toutes les formes de discrimination. Dans une relation résolument tournée vers l’avenir, ce geste rappelle que la technologie et l’économie ne suffisent pas. Un partenariat durable repose également sur une conscience historique, sur le respect de la dignité humaine et sur une volonté commune de lutter contre la haine. La RDC, pays dont la population a elle-même subi des décennies de violences, de déplacements et de souffrances, peut comprendre la nécessité de préserver la mémoire des victimes et de combattre l’indifférence. Cette dimension humaine donne au rapprochement entre les deux pays une profondeur qui dépasse les intérêts économiques immédiats.

Israël approfondit véritablement sa présence en Afrique lorsque sa diplomatie se traduit par des solutions, des compétences partagées et des relations de confiance. L’Afrique, pour sa part, ne demande pas que l’on parle à sa place : elle demande que l’on construise avec elle. Entre Kinshasa et Jérusalem, les conditions sont désormais réunies pour établir une alliance moderne, pragmatique et mutuellement bénéfique. Il faut maintenant faire passer cette promesse des salles de réunion aux champs, aux hôpitaux, aux réseaux d’eau, aux universités et aux entreprises. C’est là que se jugera véritablement le rapprochement entre la République démocratique du Congo et Israël. Et c’est là qu’il pourra devenir un modèle pour les relations futures entre Israël et le continent africain.

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